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Gino Lampedusa. C’est mon nom. Un nom à la con, un nom de resto italien. «Casa Gino» lasagne à toute heure. Un nom qui autorise n’importe quel plouc à me gratifier d’une grande claque dans le dos suivi d’un « héé Ginoooo, comé stai ? ». …. Connard… A force, je m’y suis fait. J’ai même appris à l’apprécier ce prénom. De commun, dans le borinage des années 70, il est devenu atypique au milieu des « Brandon » ou « Kevin » actuel. Aujourd’hui, je n’y pense plus ou peu… Seulement lorsque je suis dans la région liégeoise, comme aujourd’hui. - Bonjour, la libre s’il vous plait…Mettez-moi un subito aussi. C’est bien connu, c’est en générale en période de disette qu’on claque l’argent qu’on n a pas dans des jeux de hasard auxquels on ne gagnera pas. - Vous savez où je peux prendre un café dans le coin ? - Ouiii heinn, tu vas ici un peu plus loin sur ta gauchhh’ et en fasss’, t’as le « Washington » Je vous ai dis que j’adorais les patois et les accents ? Non ? J’adore les patois et les accents typiques. Et celui-ci sentait bon le bassin sidérurgiques et la faillite des fours à chaud liégeois (à tendance indienne). Le café est pouilleux, l’air y est bleu de fumée de cigarettes et cigarillos de merde. Des vieux y tapent la carte par grappes de quatre, entouré de 2 ou 3 spectateurs. Ca va vite, les cartes volent du batteur vers les 3 autres joueurs. Des jetons blancs et oranges sont jetés sur le tapis de jeux. 35-40 secondes peut-être Quelqu’un d’autres bats déjà les cartes. Les jetons sont ramassés pratiquement dans le même mouvement. Sans un mot. Au mur, une énorme peinture dégueu d’un boxeur que je crois reconnaître finit par me séduire. Une baleine, monstrueuse, ceint d’un tablier bleu de la taille d’un drap de lit pour deux personnes me sourit derrière son cigare, lui-même derrière le bar. - Bonjour Monsieur. La voix est épaisse et rocailleuse, elle colle au physique du bonhomme. - Bonjour, je peux avoir un café ? - Ouiii hein. (Cet accent !) T’en veux un grand ? Un petit ? Ha oui. Je ne sais pas trop pourquoi mais les « vous » se transforme rapidement en « tu » avec moi. Je crois faire mon age, ni plus jeune, ni plus vieux. Peut-être mes kickers. Je sais pas. Et à vari dire je m’en fout. - Un petit, s’il vous plait. J’avais repéré la machine à pression, la vieille, celle qui fait un bon café et un déluge de fumée. Je ne savais même pas qu’il y en avait encore en fonction. Y a plus qu’à espérer qu’il ne me tape pas du café à 3 balle dedans… - Ca va ? (J’arrive pas à détacher mon regard de la baleine) - Oui, merci, je me demandais…c’est vous sur le mur ? - …non…c’est mon oncle. - Le Kid Du Sart ? c’est çà non ? Le gars se marre, un rire lent, lourd, sans lâcher le boulon qu’il a au bec. - Tu connais çà m’fi ! Oui c’est lui mais on parle des années 50-60, sais-tu, c’est plus tout jeune. Y’ faisait de la boxe et comme il était gros comme mon bras, on l’appelait le « kid » et du sart, à cause du sart-tilman, ousk’il habitait….. « kid » çà faisait américain… tu vois à l’époque, ça faisait bien. - Je vois...Il était gaucher je crois. Je pense même qu’il a été champion de Belgique, non ? - Et comment ! 4 ou 5 fois même ! Et même d’Europe je crois, j’étais gamin, me rappelle plus. Il a toujours eu le café en tous cas. - Le « Washington » ? - Oui, celui-ci… - Il aimait tout ce qui faisait américain, on dirait. - Oui, oui….tu vois à l’époque çà faisait bien. Il recommence se marrer. Impressionnant, 200kg de bonne humeur, çà fait du bruit. Les vieux, eux par contre, sont imperturbables. Les cartes continuaient à voler. - A quoi ils jouent ? Rami, 51 ? - Poker. - Ha !....comme en Amérique. - C’est çà ! (hop, gros rire) - Je me demandais…c’était quoi le vrai nom de votre oncle ? Je ne l’ai jamais su. - Il s’appelait Johnny Ranzano. En fait non, son vrai nom c’était Gino mais il avait horreur qu’on l’appelle comme çà, on devait tous l’appeler Johnny ! Et comme il était pas commode le tonton…bein…tout le monde l’appelait Johnny. - Comme en Amérique ? - Comme en Amérique !! (Cette fois-ci, tout son ventre se soulève et ondule au rythme de ses aboiements de joie, même son cigare crie pitié). Et toi gamin, c’est quoi ton nom ? - Gino…Gino Lampedusa. - … - … - Je te remets un café ? |
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